Date de la présente version : 1er octobre 2026.
Ce démonstrateur a été réalisé dans le cadre du travail de développement, entre août 2021 et juin 2022, d’une nouvelle version de
l’éditeur visuel open source de requêtes SPARQL Sparnatural, pour lequel le ministère de la Culture
français, la Bibliothèque nationale de France et les Archives nationales se sont associés afin de passer un marché avec la société
Sparna, développeur principal de Sparnatural.
Ce démonstrateur, qui utilise Sparnatural, est le résultat d’un travail exploratoire sur la transition des métadonnées archivistiques
vers des graphes de données, qui fait suite aux projets de preuve de concept qualitative PIAAF (publié en février 2018) et de développement du logiciel RiC-O
Converter (version 1.0 publiée en avril 2020). L’enjeu principal du projet était de proposer aux utilisateurs une interface de
recherche pertinente et compréhensible pour explorer un graphe de métadonnées archivistiques de taille significative, qui en exploite la
nature.
Objectifs
Le travail de développement de la version actuelle de Sparnatural a été réalisé par l’équipe projet - c’est-à-dire des représentants
des trois institutions partenaires et la société Sparna - dans le but d’apporter des réponses aux questions générales suivantes :
- Comment valoriser un graphe de connaissances en tant que graphe de connaissances ?
(et non pas derrière un moteur de
recherche à facettes ou derrière des liens de navigation cliquables)
- Comment favoriser les interactions exploratoires (essai/erreur) des utilisateurs pour partir à la découverte des données ?
- Comment réconcilier des modèles conceptuels génériques avec les points de vue spécifiques des utilisateurs ?
Du point de vue des Archives nationales, le démonstrateur des Archives nationales devait en particulier servir :
- à tester les évolutions de Sparnatural, et par là-même à contribuer au travail de développement ;
- à mettre en place une toute première application web permettant d’interroger et de consulter une partie significative des
métadonnées archivistiques de l’institution, converties en RDF/RiC-O.
Ce faisant, il s’agissait aussi pour nous :
- d’apporter la preuve que la sémantisation à grande échelle de métadonnées archivistiques “classiques” est possible, et que cela
ouvre de nouvelles possibilités de recherche aux utilisateurs
- de voir ce qu’une telle opération permet d’apprendre sur ces métadonnées
- de construire une méthodologie et d’acquérir des compétences sur la mise en œuvre de Sparnatural, susceptibles de servir dans le
cadre d’autres projets.
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie globale d’évolution des métadonnées et du système d’information des Archives
nationales vers des métadonnées de meilleure qualité, plus accessibles, et des graphes d’entités liées.
Le contenu actuel du démonstrateur
Les métadonnées des Archives nationales ce sont aujourd’hui principalement :
- plus de 30 000 instruments de recherche archivistiques (encodés conformément à la
DTD XML/EAD 2002),
- plus de 15 400 notices d’autorité (encodés conformément au schéma
XML/EAC-CPF) sur des producteurs,
- et des vocabulaires servant à l’indexation de ces fichiers,
pour décrire environ 375 km linéaires d’archives papier de tous types, sans compter les archives nativement numériques. La salle des inventaires virtuelle permet aux utilisateurs de faire des
recherches dans l’ensemble de ces métadonnées.
Étant donné cet important volume, dans le cadre de ce projet, en l’absence d’application sémantique comme data.bnf.fr et compte tenu des moyens humains et financiers disponibles, il a fallu sélectionner un
sous-ensemble de ces métadonnées pour alimenter le démonstrateur Sparnatural.
Le processus de production du graphe de données
Les métadonnées sélectionnées ont été converties en graphes de données liées, conformément au nouveau modèle conceptuel Records in Contexts (RiC-CM) et à sa transposition
technique, l’ontologie Records in Contexts-Ontology (RiC-O, version 0.2
publiée en février 2021).
La conversion a été opérée à deux reprises dans le cadre du projet d’amélioration de Sparnatural. La première itération a été
réalisée en novembre 2021, la deuxième en mai 2022, après avoir tiré diverses leçons de la première et des premiers travaux de
configuration du démonstrateur.
Pour effectuer la conversion des fichiers XML/EAD et XML/EAC-CPF, nous avons utilisé le logiciel open source RiC-O Converter, développé pour les Archives nationales en
2019 et disponible sur GitHub depuis avril 2020. RiC-O Converter produit des fichiers RDF conformes à RiC-O 0.1. Les fichiers
obtenus ont donc ensuite été rendus conformes à RiC-O 0.2 et un peu enrichis ou modifiés par des scripts spécifiques écrits par le
Lab. Parmi les enrichissements et modifications opérés, mentionnons : la propagation de la relation de provenance depuis la
description de chacun des fonds sur la description de l’ensemble des ressources archivistiques incluses dans ce fonds, la
catégorisation (avec la propriété rico:hasDocumentaryFormType et le référentiel des types de documents) des instances de rico:RecordResource identifiables comme étant des répertoires,
listes d’actes et mentions d’actes ; le remplacement des relations d’association entre études et notaires par des relations plus
précises d’appartenance.
Les vocabulaires et notices utilisées pour indexer les fichiers EAD et EAC-CPF ont été convertis
grâce des scripts dédiés, écrits et utilisés par le Lab.
Enfin, une fois importé dans la base RDF choisie pour le
démonstrateur (actuellement, une instance du logiciel GraphDB
Standard, configurée de façon très simple), le graphe de données a été à nouveau enrichi, afin de créer des classes
spécifiques aux archives notariales et de “peupler” ces classes par inférence. La copie d’écran ci-desous en montre un exemple : il
s’agit des requêtes SPARQL qui ont servi à ajouter dans la base RDF la classe demoanonto:Repertoire et à créer les instances de
cette classe. Autrement dit, une ontologie étendant RiC-O 0.2 a été produite et mise en œuvre. Même si ce travail n’était pas
indispensable, il a beaucoup facilité la conception des configurations du démonstrateur et a aussi permis d’optimiser son
fonctionnement en réduisant le temps d’exécution de certaines requêtes.
Exemple de requête SPARQL de création de classe dans le graphe.
Éléments statistiques concernant le graphe RDF obtenu
Le graphe obtenu compte actuellement environ 57,9 millions de triplets RDF, dont environ 37 millions de triplets inférés. On
peut donc d’ores et déjà estimer que le graphe RDF résultant de la sémantisation, selon les mêmes modalités, de l’ensemble des
métadonnées des archives notariales aux Archives nationales compterait environ 170 millions de triplets. Par ailleurs, rappelons que
les quelques 4900 instruments de recherche du DMC constituent à peu près 16 % du nombre total d’instruments de recherche. Même s’il
faut se garder d’extrapolations simplistes, et s’il faut notamment avoir en tête que ces fichiers EAD sont parmi les plus indexés et
les plus précis des Archives nationales, il est désormais prouvé que la sémantisation de l’ensemble des métadonnées XML de
l’institution produirait un jeu de données extrêmement massif.
Ce jeu de données est la première opération de sémantisation (conversion en triplets RDF conformément à RiC-O) à grande échelle,
réalisée par les Archives nationales (et en France sauf erreur), de métadonnées archivistiques "classiques". Précisons qu’un
autre jeu de données moins massif a par ailleurs été publié en décembre 2021 par le Lab des Archives nationales (dans un dépôt public sur GitHub) ; ce jeu de données est également
accessible via le SPARQL endpoint du projet ALEGORIA).
Dans ce jeu de données, sont employées, parmi les composants définis dans RiC-O 0.2 :
- 34 classes (catégories d’entités) sur 106 (48 en comptant les triplets inférés) ;
- 25 datatype properties (relations dont la cible est une chaîne de caractères) sur 62 (28 en comptant les triplets
inférés) ;
- 79 object properties (relations dont la cible est une entité) sur 423 (162 en comptant les triplets inférés).
Des requêtes SPARQL exécutées directement dans le SPARQL endpoint de la base RDF utilisée afin de s’affranchir de la limite des
1000 résultats fixée pour l’interface Sparnatural donnent les effectifs suivants pour les principales catégories d’objets décrits
dans le graphe :
- 72 665 groupes de documents (fonds, séries, liasses, dossiers de clients…) ;
- 400 570 actes notariés (décrits à ce jour) au sein des liasses ;
- 104 383 mentions d’actes relevées au sein des répertoires ;
- 3135 répertoires ;
- 13 127 listes d’actes au sein des répertoires, dont 11 670 numérisées ;
- 629 246 personnes (dont 3 213 personnes dotées d’un IRI) ;
- 530 organismes (dont 528 dotés d’un identifiant) ;
- 15 559 lieux (dont 15463 dotés d’un IRI).
Comme nous l’expliquons ci-après, si les quantités trouvées pour les actes notariés, les mentions d’actes et les listes d’actes
sont à considérer comme une bonne approximation (étant donné les raisonnements assez fiables que nous avons tenus pour générer les
données), les effectifs trouvés pour les personnes et pour les répertoires ne sont pas fiables et peuvent uniquement être considérés
comme des ordres de grandeur. Cependant ces statistiques, telles quelles et à elles seules, montrent à notre sens l’intérêt des
technologies employées (car il est impossible à l’heure actuelle de les obtenir via la Salle des inventaires virtuelle pour un
utilisateur final, et assez peu aisé de les calculer pour un professionnel compétent dans le domaine des technologies XML). Elles
montrent surtout, si tant est qu’il faille encore la prouver, la très grande richesse de ces gisements archivistiques.
Représentation partielle, via un diagramme, de la description d’un acte notarié dans le graphe.
Voir aussi la page http://rdf.archives-nationales.culture.gouv.fr/trifid/recordResource/041835-c1p6y1e0w26r--183v6ez58hjun dans le
démonstrateur.
Nous allons poursuivre le travail sur ces données, comme expliqué ci-dessous.
Vous pouvez désormais accéder au dépôt public dans lequel nous gérons le jeu de données RDF sur GitHub : https://github.com/ArchivesNationalesFR/Sparnatural_prototype_data. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des
questions sur ces données !
Les interfaces d’exploration du graphe
Choix et méthodes de conception
Plusieurs options de configuration de Sparnatural sont possibles : configuration via un Google spreadsheet ou via une ontologie OWL
(voir la documentation). Le Lab a choisi de configurer le démonstrateur via une
ontologie, avec l’aide de Sparna, et en utilisant le logiciel libre Protégé pour éditer
l’ontologie.
Édition d’une classe Sparnatural dans Protégé.
L’ontologie de configuration d’une interface de recherche Sparnatural importe et utilise des composants définis dans deux
ontologies génériques incluses dans le code source du logiciel.
Il s’agit en fait de spécifier un modèle ontologique pour
la recherche et ses correspondances avec les classes et propriétés de l’ontologie métier.
Cette approche permet de retenir
certaines catégories d’objets ou de relations plutôt que d’autres jugées secondaires pour la recherche, d’en spécifier de nouvelles
- pour regrouper plusieurs composants existants afin de simplifier l’exploration du graphe ou pour représenter des nœuds de type
texte -, de leur donner des libellés compréhensibles dans la langue qu’on souhaite, de définir un ordre d’affichage pour les points
d’entrée principaux, de spécifier comment les nœuds cibles d’une relation s’affichent, d’exploiter des vocabulaires SKOS, etc. Si
l’on connaît HTML, les données contenues dans le graphe, le modèle métier employé et sa mise en œuvre, SPARQL et le langage OWL,
on peut donc construire et faire évoluer son interface de façon autonome.
Le but pour le Lab a donc été d’atteindre par ce biais un compromis raisonnable entre la complexité du modèle métier et la
nécessité de produire une interface compréhensible et performante pour les utilisateurs. Il a fallu beaucoup de temps pour
parvenir au résultat actuel, par itérations successives. Les retours des utilisateurs pendant les deux ateliers organisés fin 2021
ont été à cet égard précieux et ont véritablement orienté à la fois les développements du logiciel et les choix que nous avons
faits.
Le travail de configuration des interfaces de recherche a aussi permis de tester les fonctionnalités développées dans le cadre du
projet d’évolution de Sparnatural, notamment :
- le support de la clause OPTIONAL (ce qui facilite la découverte, la granularité et la précision des données étant variable dans
un graphe de métadonnées culturelles, en particulier dans un graphe de métadonnées archivistiques) - nous avons utilisé cette
possibilité pour de nombreuses relations, par ex. "a une copie numerique", “a pour intitulé”, “concerne” ;
- le support de FILTER NOT EXISTS (pour exprimer la négation d’une propriété) - nous avons également retenu cette possibilité dans
les mêmes cas que pour OPTIONAL ;
- la possibilité de sélectionner des valeurs dans une liste arborescente (de type thésaurus) - nous avons utilisé cette
fonctionnalité pour permettre la sélection dans le thésaurus des types de documents ;
- la possibilité d’ajouter des aides contextuelles (tooltips) - nous avons ainsi pu attacher à chacune des catégories
d’entités utilisables dans l’interface une courte définition utile dans le contexte du projet ;
- la possibilité de pré-enregistrer des requêtes, afin de guider l’utilisateur dans ses premières requêtes ;
- la possiblité de choisir les colonnes à afficher dans les résultats - cela permet à l’utilisateur de définir à sa guise le
contenu de la liste de résultats, pour pouvoir immédiatement disposer de données textuelles (plutôt que les seules URIS des
entités qu’une requête SPARQL classique retourne par défaut), opérer des tris et ensuite en faire un export au format CSV ;
- la possibilité de traduire l’interface en autant de langues que nécessaire - nous avons ainsi pu pour l’instant décliner en
français et en anglais les interfaces de recherche du démonstrateur des Archives nationales.
Résultats
Avertissements
Le démonstrateur est uniquement constitué de deux interfaces de recherche et de la présente documentation. Les Archives
nationales ne disposent pas, comme la BnF (avec data.bnf.fr), de site web permettant de consulter
les graphes de données. Une fonctionnalité a donc été ajoutée au démonstrateur Sparnatural, pour associer à chaque entité résultat
une page permettant de consulter de façon simple sa description (via l’application Lodview, remplacée en 2026 par Trifid). Cette fonctionnalité n’est pas totalement optimale. Par ailleurs les IRIs des
ressources RDF ne sont actuellement pas déréférençables ; en particulier, aucune page web n’est associée à ces IRIS, dont nous ne
pouvons pas non plus garantir la pérennité du segment racine (http://data.archives-nationales.culture.gouv.fr/).
Nous sommes bien entendu preneurs de toute remarque ou suggestion d’amélioration. Nous avons conscience qu’après les
ateliers utilisateurs organisés fin 2021, ces interfaces doivent être mises à l’épreuve d’un plus grand nombre d’usagers. Tout comme
les données RDF interrogées, les interfaces sont susceptibles d’évoluer de façon significative.
Le code source du démonstrateur est disponible dans le dépôt suivant sur GitHub : https://github.com/sparna-git/sparnatural-demonstrateur-an.
Configuration A
La première configuration (démonstrateur A) est simple et généraliste ; elle peut quasiment
s’appliquer à tout jeu de données archivistiques conformes à RiC-O, dans la mesure où s’y trouvent indexées des entités de contexte
comme les producteurs, des agents sujets des documents, des lieux. Elle est a priori plutôt destinée à la découverte des
métadonnées.
Les principales catégories d’objets (classes) définies dans l’ontologie de configuration et utilisables dans cette première
interface sont :
- Archives (une classe spécifique au projet, qui rassemble toutes les ressources archivistiques, donc toutes les instances de la
classe RecordResource de RiC-O, à l’exception des
instruments de recherche et notices d’autorité) ;
- Personne (qui correspond à la classe rico:Person) ;
- Organisme (qui correspond à la classe rico:CorporateBody)
;
- Lieu (qui correspond à la classe rico:Place) ;
- Type de document (classe des concepts SKOS définis dans le vocabulaire des types de documents des Archives nationales, également
instances de la classe rico:DocumentaryFormType)
- Mot-matière (classe des concepts SKOS définis dans le vocabulaire des mots-matières des Archives nationales, également instances
de la classe rico:Thing)
- Activité (classe des concepts SKOS définis dans le vocabulaire des professions et fonctions des personnes des Archives
nationales, également instances de la classe rico:OccupationType)
- Reproduction numérique (les instances de la classe rico:Instantiation ayant le format JPEG, générées à partir des éléments daogrp des fichiers EAD)
- et d’autres ‘entités’ associées, qui correspondent à des valeurs littérales de propriétés RiC-O : date, intitulé, nom.
Une requête préenregistrée de l’interface de recherche A : les inventaires après décès d’orfèvres au XVIIe
siècle
Configuration B
La deuxième configuration (démonstrateur B) exploite les spécificités des archives notariales.
Elle est a priori plutôt adaptée aux besoins d’une personne familière de cet univers, archiviste ou usager habitué. C’est la
configuration qui a fait l’objet du plus grand nombre de modifications dans l’histoire du projet.
Outre les catégories d’objets
listées plus haut, cette configuration définit et utilise de nouvelles catégories d’objets, et établit pour ces catégories d’objets
des correspondances avec des classes de l’ontologie étendant RiC-O mentionnée plus haut :
- Ensemble de documents (qui correspond à la classe rico:RecordSet), Répertoire, Liste d’actes, Acte notarié, Mention d’acte, Cote ;
- Étude notariale, Numéro d’étude notariale, Notaire ;
- Quartier, paroisse ou arrondissement de Paris, Voie de Paris, Édifice parisien, Adresse.
La plupart de ces entités sont utilisables dès le début de l’écriture d’une requête.
De nouvelles relations sont également présentes, par exemple entre étude et notaires (Notaire appartient à Étude), entre
notaires (Notaire a pour successeur ou a une relation familiale avec Notaire), entre ressources archivistiques (comme
Répertoire inclut ou mentionne Mention d’acte ou Acte notarié).
Bilan
Le démonstrateur comme dispositif d’exploration et de recherche
Le bilan est très positif en ce qui concerne les possibilités d’exploration du graphe et les nouvelles possibilités de recherche
offertes par Sparnatural.
Parmi les principaux points relevés par les utilisateurs pendant les ateliers de novembre 2021,
une fois passé l’effet de surprise, on peut mentionner le caractère à la fois intuitif, souple et interactif de ce type
d’interface, qui demande aussi un plus grand engagement intellectuel pour l’utilisateur que de remplir un classique formulaire
de recherche. L’utilisateur construit son questionnaire en choisissant parmi les options qui s’offrent à lui et découvre le contenu
du graphe en même temps qu’il construit cette recherche ; il prend véritablement la main. Il lui est également facile de revenir en
arrière en annulant une étape puis la précédente. Enfin, il peut partager la requête exécutée ou encore exporter les résultats de sa
recherche.
Nous ne pouvons bien évidemment pas nous substituer à l’usager non archiviste, ni à celui qui ne connaît pas du tout le modèle de
données RiC-O. Nous souhaitons juste présenter ici un exemple des recherches qu’un formulaire de recherche classique dans des
fichiers EAD ne permet actuellement pas de faire, et que Sparnatural rend possibles. Cet exemple est celui de la troisième requête
préenregistrée dans l’interface de recherche B.
Une requête préenregistrée de l’interface de recherche B : les types de documents des actes notariés datant de l’année 1848,
avec l’indication de leurs cotes
Dans cet exemple, on voit tout d’abord que le point d’entrée est une entité de contexte (Type de document), ce qui est rare
actuellement dans nos interfaces de recherche archivistiques dans lesquelles le focus est la pupart du temps placé d’entrée de
jeu sur les documents d’archives. L’éditeur de requêtes permet ensuite de choisir une catégorie d’entité (ici, le choix s’est porté
sur les actes notariés) liée au type de document avant de parcourir de proche en proche le graphe, sur la même page HTML, et en
restant dans le contexte de la construction d’un questionnaire (sans avoir à travailler par rebond entre des résultats de recherche
qu’on aurait donc dû consulter et dans lesquels on aurait alors cliqué sur des lien hypertexte, pour savoir à quoi on peut
s’attendre). On pourrait s’intéresser ainsi au producteur (notaire ou étude) des actes notariés. Une telle question, même si elle
n’est pas formulée en langage naturel, nous semble proche de la formulation que pourrait en faire un chercheur en histoire qui
souhaiterait, par exemple, constituer un corpus et s’en faire une première idée. Une des particularités notables ici est aussi que
l’utilisateur peut, pour de nombreuses relations, soit sélectionner précisément la cible, soit demander toutes les cibles d’une
relation donnée (ici, tous les actes notariés, ou toutes les dates), au moins dans un premier temps. La possibilité de
déterminer quelles informations figurent dans le tableau de résultats, et de disposer dans ce tableau de valeurs textuelles
(libellés des entités), pas seulement d’URIs, est également particulièrement précieuse. Enfin, l’utilisateur peut facilement
modifier son questionnaire par étapes, ou encore partager la requête et enregistrer le lien dans ses propres fichiers, afin
de rejouer la requête ultérieurement.
Les limites fonctionnelles du démonstrateur sont essentiellement celles de Sparnatural. La première, déjà mentionnée plus
haut, est qu’il s’agit d’un outil permettant de construire une interface d’exploration et de recherche dans un graphe de données
RDF, pas d’afficher, pour les consulter, les données listées dans les tableaux de résultats. De plus, les Archives nationales ne
disposent pas encore de moyen de déréférencer des URIS. La fonctionnalité d’affichage de page HTML réalisée à l’aide de Lodview puis Trifid ne
remplace bien évidemment pas un véritable travail de conception et de design d’une interface de consultation, permettant aussi de
visualiser des parties du graphe obtenu, dans la lignée de ce que le prototype PIAAF proposait pour une quantité bien moins
importante de données. Ce n’était pas l’objet du travail accompli dans le cadre de ce projet.
Une telle interface de recherche n’est par ailleurs pas exclusive d’autres dispositifs tels que recherche “plein texte” permettant,
à partir du mot ou de l’expression saisis, de disposer d’une liste de suggestions donnant pour chacune d’entre elles le type
d’entité concerné ; ou d’options de navigation de type onglets (un onglet par catégorie d’entités) comme le propose également le
prototype PIAAF.
S’ajoute bien évidemment à ces limites le fait que le jeu de données retenu n’offre pas une couverture homogène des fonds
d’archives des 40 premières études notariales : le travail d’analyse des actes notariés conservés au sein de ces fonds se poursuit
au DMC, comme dans les autres fonds.
Précisons pour terminer que l’on peut requêter directement à distance les données du démonstrateur ; l’adresse du SPARQL end point
est https://sparql.archives-nationales.culture.gouv.fr/archives-notariales/sparql. Ce SPARQL end point bénéficie aussi depuis
2026 d’une interface utilisateur : https://sparql.archives-nationales.culture.gouv.fr/archives-notariales. Vous pourrez partager les URL de vos requêtes (cliquer
sur le bouton "Share"). Enfin, nous proposons un outil expérimental permettant de faire une recherche rapide sur le nom des entités
(valeur de la propriété rdfs:label), puis de visualiser, après avoir sélectionné un résultat et l’avoir fait glisser dans la fenêtre
de droite, le graphe dans lequel l’entité sélectionnée s’inscrit (en cliquant sur les icônes figurant à droite du rectangle qui
représente l’entité). Cet outil est disponible à l’adresse suivante, pour l’instant sans documentation associée : https://sparql.archives-nationales.culture.gouv.fr/archives-notariales/graph-explorer/.
Le graphe RDF obtenu, un exemple d’utilisation à grande échelle de RiC-O
Le résultat de la conversion à grande échelle des données sources en XML/EAD et XML/EAC-CPF en RDF conforme à RiC-O a montré
clairement :
- que cette conversion est tout à fait possible sans forcément apporter de modifications à ces données ;
- que le graphe obtenu en partant de métadonnées archivistiques classiques de ce type offrira cependant d’autant plus de points
d’entrée différents et sera d’autant plus riche en nœuds (en entités de divers types) que les métadonnées source emploient des
référentiels (notices d’autorité, vocabulaires) pour décrire les entités de contexte des archives ;
- que, même en partant de métadonnées bien indexées, une telle opération n’utilisera qu’un sous-ensemble des classes et
propriétés de RiC-O - ce qui est normal puisque RiC-O est la transposition technique d’un cadre conceptuel global ;
- que, tout en n’employant qu’une partie réduite de RiC-O, mener à bien un tel projet peut inciter, notamment dans le cas d’un
ensemble archivistique homogène comme le nôtre, à étendre cette ontologie, celle-ci étant un modèle international très
générique qui ne peut prendre en compte la variété des corpus ni toutes les spécificités et besoins locaux.
De tels enseignements peuvent, nous semble-t-il, être utiles à toute institution ou équipe qui envisagerait de suivre la même voie.
Nous serions bien évidemment intéressées par tout retour d’expérience comparable.
Une nouvelle perspective sur les métadonnées utilisées
À ce stade précoce du travail sur les métadonnées que le démonstrateur permet d’explorer, nous l’avons déjà dit plus haut, nous
disposons grâce aux technologies sémantiques de nouveaux éléments quantitatifs sur le contenu des archives décrites. Nous
pourrons affiner cette cartographie dans les prochains mois.
Par ailleurs, comme dans tout projet de production et de
publication de graphe d’entités liées à partir de données préexistantes, où un saut plus ou moins important est fait en précision,
le travail sur les données et leur exploration en tant que graphe ont mis en lumière des problèmes dans les métadonnées sources,
certes non inconnus mais jusqu’ici très peu visibles et difficiles à quantifier. Nous allons prendre ici deux exemples.
629 246 personnes dans le graphe ?
L’indexation essentiellement libre, via l’élément EAD <persname>, des personnes (mis à part pour 3213 d’entre elles dotées de
notice d’autorité) dans les instruments de recherche traités a pour résultat un nombre très important d’entités de type rico:Person
dans le graphe, sur lesquelles on ne sait souvent que peu de choses (ainsi par ex., on connaît l’activité de 34 925 de ces personnes
uniquement) et qui n’ont pas été l’objet de travaux d’agrégation ou d’identification. De fait, des entités possédant le même nom
ne peuvent être agrégées comme une seule entité Personne dans ce graphe d’entités liées que si on a la certitude absolue ou la
quasi-certitude qu’il s’agit de la même personne physique - lorsque, par exemple, on retrouve cette personne à peu près à la même
date, avec la même mention de profession ou fonction (ou de relations avec d’autres personnes), dans les actes du même notaire ou
mentionnant le même bien. Cela constitue un champ d’investigation très intéressant. Quels qu’en soient les résultats, il
devrait subsister une cohorte très importante d’individus aux caractéristiques très floues, dont l’effectif ne devrait pas être très
différent du nombre initial.
3135 répertoires ?
Ce nombre est, lui, nettement supérieur à la réalité documentaire observée. Il résulte du fait que dans les instruments de
recherche traités, il figure le plus souvent deux descriptions (deux éléments EAD <c> entre lesquelles aucune relation n’est
actuellement établie), créées dans deux instruments de recherche différents, relatives au même répertoire. L’un des instruments de
recherche concernés décrit le fonds d’un notaire donné, donc ses répertoires - et parfois, des mentions d’actes dans les répertoires
- et minutes ; l’autre, produit dans le cadre du programme de numérisation intégrale des répertoires, décrit les répertoires du
notaire en tant qu’objets matériels et les listes d’actes qu’il contient. Cette redondance est assez peu visible dans les
métadonnées source dans la salle des inventaires virtuelle ; elle l’est beaucoup plus dans le graphe RDF.
Un travail d’analyse plus poussé nous a conduites à décider de réaliser, dans les prochains mois, un test sur un petit
échantillon représentatif de ces instruments de recherche, de mise en relation voire fusion des informations qu’ils contiennent,
pour produire, dans l’idéal, une seule description de chacun des répertoires. Cet exemple est très représentatif d’autres cas de
figure, liés au temps long dans lequel s’inscrit l’histoire des métadonnées des Archives nationales et au phénomène de
stratification des instruments de recherche.
Autres résultats concrets du projet
La préparation des données RDF pour le démonstrateur Sparnatural a permis de réaliser un travail préalable à la mise à jour de
RiC-O Converter, au cours duquel les différentes actions à mener à bien ont été identifiées et codées une première fois. Ce travail
a permis de gagner un peu de temps pour la suite. De fait, depuis septembre 2022 nous avons pu produire avec Sparna et publier une
version 2.0 puis une version 3.0 du logiciel RiC-O Converter.
Cette dernière version produit des données RDF conformes à la dernière version en date de RiC-O, la version 1.1, publiée en mai
2025.
La traduction en français des libellés anglais des classes et propriétés RiC-O utilisées dans le graphe, réalisée lors de la
configuration du démonstrateur Sparnatural, a été intégrée dans les sources de RiC-O, ce qui a permis à cette ontologie d’intégrer
une première traduction en français de ces composants, mise à jour depuis.
En guise de conclusion : perspectives (section mise à jour en octobre 2026)
Nous prévoyons de mettre à jour les données du graphe en procédant à une nouvelle conversion des métadonnées source (qui ont
elles-mêmes évolué) conformément à RiC-O 1.2, fin 2026 ou début 2027. Nous pourrions aussi prendre en compte un sous-ensemble
plus important de métadonnées ; cela pourrait notamment s’avérer utile dans le contexte du projet C-PARLA dans lequel le Lab et le Département du Minutier central sont
impliqués. Nous devrons aussi probablement en même temps revoir le périmètre exact du jeu de données, les référentiels qui s’y
trouvent actuellement bénéficiant depuis avril 2026 d’une application web et d’un SPARQL endpoint dédiés, via Garance.
À cette occasion nous procèderons à une mise à jour des configurations Sparnatural, pour bénéficier des évolutions récentes de
l’outil, comme l’utilisation de SHACL comme méthode de configuration ou la recherche et l’affichage de lieux (ici en particulier les
voies de Paris) sur une carte.
Enfin, le Lab des Archives nationales est désormais en mesure de concevoir une interface de recherche Sparnatural pour d’autres jeux
de données. La réutilisation de Sparnatural a donc été possible dans le cadre d’autres projets de recherche, par exemple pour explorer
les données du projet ORESM (Œuvres et Référentiels des Etudiants, Suppôts et Maîtres de
l’université de Paris au Moyen Âge), dont le portail web devrait être rendu public bientôt.
L’application Garance de publication des référentiels
sémantisés des Archives nationales devrait également bientôt être dotée d’un formulaire de recherche avancée construit avec
Sparnatural.